Le tour des hormones de la fertilité en 90 secondes

Hormones de la fertilité

ATTENTION, CET ARTICLE S’ADRESSE A DES PERSONNES QUI ONT DEJA DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES DE BASE SUR LA FERTILITE

On me demande souvent à quoi correspondent telles ou telles hormones dont on nous parle au quotidien dans nous parcours fertilité. On s’interroge sur leurs interactions entre elles. Alors je relève un défi : que vous sachiez tout en moins de 5 minutes. Petit tour au royaume de la biologie… Avec humour et légèreté ! 

Les hormones de la fertilité du côté de l’hypophyse

La LH et la FSH sont gérées par l’hypophyse. Là vous allez me dire c’est qui celle-là ?  Et bien c’est une petite glande dans le cerveau qui sécrète de la LH et de la FSH en fonction de l’oestradiole qu’elle perçoit (elle ne fait pas que ça, mais contentons nous de parler de fertilité parce que j’ai un défi à relever avec cet article !)

Les hormones de la fertilité du côté des ovaires

L’oestradiole et la progestérone sont gérées par les ovaires, ou plus précisément les follicules qu’ils contiennent. Ce sont les follicules en croissance qui produisent de l’oestradiole. Les follicules en dégénérescence, c’est-à-dire après qu’ils aient libéré leur ovocyte et qu’ils se désagrègent, produisent de la progestérone. Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme, on va y revenir !

Les hormones de la fertilité et vos follicules

Les follicules lorsqu’ils sont au stade antral (c’est-à-dire visibles à l’échographie en début de cycle) sont comme des œufs (crus !). La coquille est appelée « thèque ». Elle doit permettre à la FSH de passer au travers. Le blanc d’œuf, ce sont les « cellules de la Granulosa ». Elles, elles sont super importantes vous allez voir. Et le jaune, c’est l’ovocyte, celui qui contient votre patrimoine génétique et qui, une fois libéré par le follicule au moment de l’ovulation, va pouvoir s’acoquiner avec un spermatozoïde.

Et lorsque tout ça se mélange pour préparer l’ovulation …

Lorsque l’hypophyse ne voit pas d’oestradiole (ou de progestérone), elle va se sentir en  « manque ». Elle va alors inonder les follicules antraux (antral / antraux c’est comme cheval/chevaux) de FSH pour les amener à maturité… Parce que plus ils sont matures et plus ils produisent de l’oestradiole. Ceci dit, sur la pléiade de follicules antraux qui vont recevoir la FSH, la plupart vont entrer en atrésie avant l’ovulation (c’est à dire s’auto-détruire façon GogoGadget) pour laisser la place au follicule de Graaf : le plus beau, le plus fort, le plus gros, celui qui va ovuler.

Quand le follicule est bien mature, il produit beaucoup d’oestradiole (environ 250pg/ml par follicule mature, mais c’est une moyenne et sur cycle naturel il n’y en a généralement qu’un seul). L’hypophyse, se sent alors comme en overdose, et va alors décider de déclencher l’ovulation. L’hypophyse se met donc à envoyer une décharge d’hormone lutéinisante, la LH.

La LH va assurer à la fois la maturation finale du follicule (pour qu’il s’ouvre et qu’il libère son précieux ovocyte), mais elle va aussi faire en sorte d’amener l’ovocyte à un certain niveau d’avancement de sa méiose. En effet, pour qu’il soit fécondable, il faut qu’il atteigne un stade de maturité qu’on appelle métaphase II… Mais là je vous revoie sans complexes vers Youtube : une bonne vidéo vaut souvent mieux qu’un long discours si vous souhaitez creuser le sujet.

Que devient tout ce petit monde quand l’ovulation est passée?

Mais que devient alors l’enveloppe du follicule qui a ovulé ? Et bien il va donc se désagréger et se faisant, sécréter de la progestérone jusqu’à ce qu’il soit épuisé. Cette phase que l’on appelle « phase lutéale » et qui s’étend de l’ovulation jusqu’à la veille des règles suivantes, dure en gros 12-15jours. Si cette phase est moins longue, on appelle ça une insuffisance lutéale et on soupçonne que l’ovulation n’a pas été de bonne qualité (je ne m’étends pas ici sur les mécanismes associés, cela dépasserait le cadre de cet article). 

Le rôle de cette progestérone est multiple :

  • Créer un « silence utérin », autrement dit empêcher que l’utérus ne se contracte et ne détache la muqueuse utérine, dite endomètre. Cela induirait des règles en avance de phase, pouvant empêcher notre petit embryon de se nider.
  • Eviter un recrutement folliculaire prématuré pour éviter les chevauchements de cycle que l’on retrouve  par exemple en insuffisance ovarienne pour cause de progestérone trop basse. En effet la progestérone empêche l’élévation de la FSH (autrement dit un recrutement folliculaire).
  • Empêcher le pic de LH de se faire : Et oui, l’hypophyse se dit qu’elle peut se reposer, pas besoin de stimuler quoi que ce soit puisqu’il y a de la progestérone, c’est qu’on est en train de couver un petit embryon ! Mais là, je vous renvoie sur mon article concernant les méthodes de stimulation des mauvaises répondeuses. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une progestérone trop élevée en début de cycle (ca peut arriver) peut être problématique.

Pour résumer la vie et les mœurs des hormones de la fertilité :

  • On ne veut pas d’une oestradiole trop élevée en début de cycle. On pourrait craindre un chevauchement de cycle, un kyste, ou une progestérone fainéante le moins précédent. De plus, si elle est trop haute en début de cycle, elle nous empêche de lire la FSH. Et oui si l’oestradiole est élevée, l’hypophyse se dit qu’il n’est pas nécessaire d’envoyer de la FSH!!! donc elle n’en envoit pas… Pas folle la guêpe !) Mais du coup on ne peut pas voir si la FSH serait spontanément élevée en début de cycle. C’est ce qu’on appelle un rétrocontrôle négatif (je vous renvoie là vers l’article sur la FSH à ce propos). Ensuite on ne veut pas que l’oestradiole soit trop basse non plus. Cela laisserait penser qu’il n’y a pas eu d’ovulation depuis longtemps. Selon les consensus, on considère qu’en dessous de 30 pg/ml l’oestradiole est un peu juste. Au-dessus de 65pg/ml elle fausse la FSH. Attention à bien se référer aux mêmes unités de mesures !!! En tout cas l’oestradiole ne vient pas de l’opération du saint esprit (le saint esprit ne joue pas sur l’oestradiol). Si oestradiole il y a, c’est qu’un follicule (ou kyste) est passé par là…
  • On ne veut pas d’une FSH élevée en début de cycle. Cela laisserait penser que l’hypophyse tourne à plein régime pour recruter un follicule. Au-delà de 12, on commence à se dire qu’il pourrait y avoir dinosaure sous caillou (petite insuffisance ovarienne ? ). En même temps si elle est très basse (inférieure à 2) on peut aussi penser que l’hypophyse est « en grève ». On peut alors parler d’insuffisance hypophysaire. A voir avec son médecin.
  • On ne veut pas non plus une progestérone trop élevée en début de cycle (je n’y reviens pas)
  • Et on ne veut pas non plus une LH trop haute. Cela laisserait penser que l’hypophyse tourne tellement à plein régime qu’elle entraine la LH dans sa course.
  • Un ratio LH/FSH supérieur à 1 (c’est à dire que la LH est supérieure à la FSH). Ceci peut suggérer des ovaires polykistiques (mais ça n’est pas un diagnostique en soi).

Et l’AMH dans tout ca ?

Là j’entends déjà « et l’AMH » ? Et bien comme vous le voyez, l’AMH n’a pas eu son mot à dire dans l’histoire !!! Et non, elle ne participe pas au cycle ! Elle est juste un marqueur très imprécis sur la propension d’une femme à répondre à une stimulation. On peut aussi y voir une corrélation très approximative de la réserve ovarienne. Mais là je vous renvoie vers l’article dédié parce que je crois que j’ai épuisé mon capital temps ! Ou alors je dois renommer mon article 30000 lieux sous les ovaires mais c’est moins glamour… Sinon abandonner Jules Verne…

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